Chronique de la RORC Transatlantic Race 2014 sur Bingo

janvier 24, 2015 dans Bingo aux Antilles, Dernières nouvelles

LE TRAJET

2900 miles sur l’orthodromie entre Lanzarote (Iles Canaries) et La Grenade ( Sud de l’arc Antillais) En réalité nous avons parcouru 3250 miles parce que le vent, plein vent arrière, nous a obligé à tirer des bords de grand largue….. On n’est jamais content du vent….

L’EQUIPAGE

Sur la plage avant : Pierre Crépin, ancien chef de bord de l’ECP, aujourd’hui directeur de l’Ecole de Voile de Port Manech .

  • A l’arrière : Jean François Haupt, ami rencontré aux Açores à Horta lors de notre dernière transat retour, navigue sur toutes sortes de bateau depuis toujours.
  • Au piano : Isabelle Haudiquet.
  • Aux manettes : Yves Haudiquet.

METEO-ROUTAGE & GROSSES MOLLES

Tous les jours, on télécharge un fichier météo sur une zone de 800 X 400 milles environ soit 4 jours de navigation et on décide alors de la route à suivre.
4j après le départ, en manque de vent, nous avons décidé de remonter au nord pour trouver plus de pression. Nous avons rencontré 35nds de vent établis pendant plusieurs heures avec rafales à 40 nds, GV 2ris + génois + 150° du vent = SOG à 14-15 nds dans la nuit noire, on s’est fait un peu peur, on a vite filé au sud pour faire baisser la pression !!!
Il y a aussi les grains subits et violents sous lesquels le vent passe de 20 à 35 nds en 2mn.
L’un d’eux, bien noir, que nous avons vu arriver sous spi lourd et GV haute, nous a pris de vitesse. Le temps de commencer à prendre 2 ris, le bateau était couché sous 35 nds de vent et le spi a explosé…2 heures de galère pour récupérer les morceaux de spi sous la coque…spi mort !
Sur le fichier vent, les zones de non vent sont longuement analysées afin de les éviter bien sûr, ce qui ne nous a pas empêché à la fin d’être rattrapés par une grosse molle les derniers jours !!!

PROBLEMES TECHNIQUES & SACS DE NŒUDS

  • Le cable de l’hydrogénérateur s’est sectionné au bout de 5j, réparation de fortune avec grey-tape et dominos, 2H de bricolage dans le cockpit et c’est reparti.
  • Les bouts à surgainer, le ragage et l’usure de tous les bouts à contrôler et à combattre tous les jours (on a navigué 420h non stop )
  • La contre écoute de spi s’est coincée dans le safran ; arrêt du bateau, plongée de la tête et des bras sous le bateau pour dépatouiller le bazar !
  • La drisse de spi qui s’est emmêlée en tête de mât avec la drisse de génak lors du dernier vrac : 3h à 3 pour remettre les choses en ordre
  • L’écoute de génak s’est entortillée autour de l’hélice de l’hydrogénérateur
  • Le génak mal enroulé a fait un coquetier puis a fait 5 tours autour de l’étai : impossible à dérouler, impossible à enrouler, impossible à affaler… 5h de galère à 3 pour parvenir enfin à défaire les tours autour de l’étai, réussir à l’affaler et à le rentrer dans la soute.

VITESSE DU VENT, VITESSE DU BATEAU

C’est fou comme on s’habitue vite à la vitesse du vent et à celle du bateau aussi… nous avons navigué des jours entiers entre 20 & 30 nds de vent sans soucis ; 20nds c’est peu, 25nds c’est bien et à 30nds on commence à atteindre la limite supérieure de la tranquillité ; à 35nds, c’est vraiment chaud, même au portant.
Notre record de vitesse, 234 milles en 24h soit près de 10nds de moyenne sur 24h ; on a navigué régulièrement autour de 9-10nds, quand le speedo descends en dessous de 8 nds on a l’impression de vraiment se traîner. Régulièrement, nous parcourions 190 à 220 milles par 24H, soit une vitesse moyenne entre 8 et 9nds avec des surfs à 14-15nds.
Les derniers jours la vitesse du bateau est malheureusement tombé à 5-6nds avec un vent de 8 à 10nds…

CAP-ANGLE AU VENT-ROUTE FOND

Nous avons navigué pendant 17 jours au portant …..sous spi ou sous genak à 140-150 degrés du vent. Et bien le prés ne nous a jamais manqué. Malheureusement, avec un vent au 80 et une cible au 265, on était plein vent arrière et on n’avait même pas un bord vraiment favorable (180 + 80 = 260)

VIE A BORD- QUARTS

La vie est organisée par quarts de 4 heures 24/24 avec 1 entrant toutes les 2 heures. Donc chacun dort (sauf manœuvre particulière nécessitant plus de 2 personnes sur le pont) 4 heures d’affilée et veille ou barre 4 heures. Les quarts sont basés sur l’heure UT et donc se décalent avec le soleil aux passages des méridiens. Comme nous avons passé 4 méridiens les quarts se sont décalés de 4 heures. Donc pour les repas on fonctionnait sur l’heure solaire (ou heure locale) et pour les quarts sur l’heure UT. Départ sur UT à Lanzarotte, arrivée sur UT-4 à Grenade.
Il faut aussi trouver du temps pour la cuisine, nous n’avons pas mangé que du lyophilisé grâce aux 2 fins becs du bord (Jean François et Pierre) qui ont su agrémenter la traversée de leurs petites salades et sauces en tout genre.
Les 3 derniers jours le peu de vent et la marée basse des victuailles nous a incité à pêcher avec beaucoup de succès puisque nous avons ramené 3 beaux poissons en 3 jours : 1 dorade coryphène, 1 thon et 1 waahoo. Tous 3 savamment préparés et cuisinés par les fins becs.
La vaisselle est réduite au minimum et se fait exclusivement à l’eau de mer. La gestion de l’eau douce est un souci constant, nous avions 1,5 l d’eau minérale par jour et par personne que nous avons entièrement bu, par contre il restait beaucoup d’eau douce dans les bâches à l’arrivée ; il faut dire que l’eau des bâches a un gout très prononcé et que le thé du matin était disons très original…

LE JOUR & LA NUIT

La grande question de chaque soir est : quelle voile pour la nuit et autrement dit garde-t-on le spi ou non ? tant qu’on a eu le spi lourd, on le gardait pour la nuit. Une fois qu’il a été déchiré, on a pris la décision de mettre le génak chaque nuit car on ne voulait prendre le risque de déchirer le spi max sous un grain. Et donc, chaque soir une heure avant le coucher du soleil, on affalait le spi max, on en profitait aussi souvent pour empanner et on renvoyer le génak pour la nuit afin de gérer plus facilement les surventes et les grains.

ELECTRICITE

L’hydrogénérateur, quand il fonctionnait correctement, nous a procuré une autonomie totale en électricité, y compris sous le pilote qui barrait toutes les nuits.

BALEINES-POISSONS VOLANTS-ALGUES

Nous avons été suivis pendant quelques heures par un petit troupeau de baleines surfeuses…
Les poissons volants atterrissent régulièrement sur le pont, il y en a même un qui a rebondi sur la table à carte et s’est retrouvé au pied de la couchette de Pierre.
Les algues ont été un vrai fléau durant les 4 derniers jours ; des bancs d’algues très épaisses se sont coincées dans les safrans, dans l’hydrogénérateur, dans le sail-drive et dans la quille obligeant Yves à plonger 3 à 4 fois par jour sous le bateau après l’avoir arrêté ! heureusement, l’eau était chaude !

AU FINAL

Une belle aventure, nous avons formé un bon équipage très soudé et très complémentaire ce qui est le plus important.
17 jours de course, le rythme est difficile à tenir, nous avons certes un peu molli sur la fin avec le vent…
Et même si notre classement n’est pas glorieux, nous sommes fiers d’avoir mené Bingo de l’autre côté de l’atlantique à 8 nds de moyenne sans autre bobo que le spi lourd éclaté !!!

En savoir plus :

East/ west jersey they were colonies that resulted from write my paper for me the sale of the jersey territory to quakers.